L’insensé
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La grande et frauduleuse histoire du commerce

Critiques   Spectacles
Au Théâtre du jeu de Paume d’Aix-en-Provence, Joel Pommerat présentait La Grande et fabuleuse histoire du commerce. Un drame quotidien saisi entre 68 et nos jours… Le lieu d’un mal être qui s’installe durablement, soutenu par 5 comédiens (Eric Forterre, Ludovic Molière, Hervé Blanc, Jean-Claude Perrin, Patrick Bebi) qui campent la « beaufitude » présente.
 

Onzième : conversation sur la montagne

Critiques   Spectacles
Installé au Bois de l’Aune – dont l’équipe met en place un programme résolument tourné vers le théâtre et les pratiques contemporaines qui fera de ce lieu un espace rare des arts de la scène – le Radeau de François Tanguy et Laurence Chable présente Onzième[1], en tournée depuis sa création le 3 novembre 2011, salle Gabily au TNB. Une nouvelle création en forme de parade funèbre et grotesque, une sorte de vaudeville métaphysique d’une élégance tenue à la gravité. Avec Laurence Chable, Fosco Corliano, Claudie Douet, Muriel Hélary, Vincent Joly, Carole Paimpol, Karine Pierre, Jean Rochereau, Boris Sirdey... parmi les images d'arbres qui sont récurrentes à Onzième. Manière pour Tanguy, de convoquer l'arbre d'Hölderlin, l'arbuste beckettien, l'Olivier de Rilke, l'arbre qui traverse la gueule d'Artaud dans un autoportrait de 1947... ou quand l'arbre, et bientôt, en nombre la forêt, est une traversée... ce qu'est Onzième.
 

Le doigt d’honneur de Nora la poupée cadeau

Critiques   Spectacles
Ça sent le sapin… expression un rien familière qui dit que ça puera bientôt la mort en cette période de Noël où nous porte Maison de Poupée. Au Théâtre du Gymnase à Marseille, Jean-Louis Martinelli présentait Maison de Poupée d’Ibsen. Une mise en scène contemporaine, où le divan déposé en front de scène, indique clairement que l’on va autopsier les boîtes crâniennes, les consciences…Un peu plus de deux heures après… et sous le charme d’un bande d’acteurs rompus à l’exercice théâtral, Ibsen est bien notre contemporain.
 

Dans Le Chemin solitaire, le jeu solidaire des tg/STAN

Critiques   Spectacles
Qui aura eu le temps de passer à l’étage du Bois de l’Aune aura pu marcher dans l’exposition Masqué d’Erhard Stiefel, parmi ses masques, d’ici et d’ailleurs, accrochés au mur qui sont comme autant de miroirs qui réfléchissent le portrait de celui qui les regarde. Et qui venait voir Le Chemin Solitaire d’Arthur Schnitzler proposait par les tg/STAN savait que le viennois aimait lui aussi les vies masquées et dédoublées. Un peu plus d’une heure plus tard, les STAN se retirent. Keersmaeker, De Schrijver, Gramser, Vercruyssen ou les STAN (StopThinking About Names, dit l’acronyme et la devise)
 

Maître Desproges…

Critiques   Spectacles
Michel Didym, le fondateur de la Mousson d’été (festival européen consacré à la promotion des auteurs et des textes contemporains), en auteur, en tant que metteur en scène, comme acteur aussi, ne pouvait pas, parce qu’il aime les mots et les textes, ignorer Desproges. Entre un Beckett, Botho Strauss, Schnitzler, Koltès, Valetti, Hanoch Levin (dont je me souviens encore, un soir à la Comédie de Caen, à la belle époque de Dubois) que Didym a mis en scène… Desproges est comme un type avec qui le Directeur du Théâtre de la Manufacture dialogue. En 2003, tout d’abord, avec Les animaux ne savent pas qu’ils vont mourir. Une première mise en scène où la compagne de Pierre Desproges l’épaule dans l’œuvre inachevée qu’a laissée Monsieur Cyclopède. Puis à la réouverture de la Manufacture, en 2011, Michel Didym, en compagnie de deux grandes actrices ( Christine Murillo et Dominique Valadié) créera Chroniques d’une haine ordinaire[1]. Du nom que Desproges avait choisi pour animer quotidiennement les ondes de France Inter, de février 1986 à juin de la même année, sur un jingle de Paolo Conté. Avant de mourir d’un cancer le 18 avril 1988. Ou quand Desproges, ponctuant ses Chroniques, finissait par « quant au mois de mars, je le dis sans aucune arrière-pensée politique, ça m’étonnerait qu’il passe l’hiver »…En janvier au Théâtre du Jeu de Paume, on entendait Desproges encore.
 

Salves : Rushes and Flashs de Maguy Marin

Critiques   Spectacles
De mémoire, achevant d’écrire sur Description d’un Combat présenté en 2009, au Gymnase Aubanel, je concluais en disant que cette pièce chorégraphique avait à voir avec l’enjeu d’un homme qui se tiendrait debout. En tête, la sculpture de Giacometti « l’homme qui marche » faisait écho au souvenir de quelques lignes lues chez Deleuze sur ce qui menace la personne : la « honte ». L’un et l’autre s’étaient imposés à mon esprit, et avec elles une certaine idée du cours de l’Histoire s’était fait jour qui prenait son origine, chez Maguy Marin, dans la guerre de Troie : la mort de Patrocle pleurée par Achille.
 

De l’effet que m’a fait l’effet KING KONG

Réactions   Spectacles
« Tel qu’il est, il me plait Il me fait de l’effet …Et je l’ai- ai- me ! » Fréhel chanteuse populaire
 

Colas-Goetz-Raynaud : porteurs de mélanKolik

Critiques   Spectacles
Crée au Centre Pompidou de Metz l’an dernier, puis repris au festival Via, au Manège de Maubeuge, à la Ménagerie de Verre à Paris… Kolik aura connu une belle tournée soutenue par l’Onda et l’institut français, avant d’être programmé dans le cadre du festival Actoral, en ce début d’automne, au Théâtre de la Criée, à Marseille. C’est là, dans la petite salle, à deux pas du vieux port et de ses terrasses peuplées, que le metteur en scène Hubert Colas donne à entendre, à regarder, à sentir… la vitalité, la nervosité, la rugosité, du texte de Goetz (traduit par Olivier Cadiot et Christine Seghezzi). Un solo d’une heure de Thierry Raynaud où l’acteur, incarnant une prose amok, arrache au récit un chant cruel et hémorragique fait de sursauts explosifs, de souffles rentrés, de mots expulsés, de rythmes dissymétriques, d’hésitations en deuil… où un recueil de balises indomptées, d’angoisses irrépressibles, d’épisodes et de spasmes d’une vie tourmentée. Une sorte de voyage au bout de la nuit qu’est une vie sans fard.
 

Phases

Avignon   Spectacles
La chorégraphe belge Anne Teresa de Keersmaker, qui la semaine passée présentait à l’aurore sa dernière création intitulée « Cesena », investit cette fois la cour du Lycée Saint Joseph, où l’on pouvait voir l’une de ses premières pièces, « Fase, four movements to the music of Steve Reich » (1982). Comme son nom l’indique, il s’agit d’une pièce chorégraphique conçue à partir de la musique du compositeur américain Steve Reich.
 

Sang et Roses. Le chant de Jeanne et Gilles

Avignon   Spectacles
Un vent froid s’engouffre dans la Cour d’Honneur du Palais des Papes en ce soir de juillet. Dernière création à occuper le lieu pour cette édition 2011, Sang et Roses. Le chant de Jeanne et Gilles de Tom Lanoye, mis en scène par Guy Cassiers -directeur du Toneelhuis d’Anvers- est sur le point de commencer. Les chanteurs du Collegium Vocale de Gent qui prennent place donnent la note pour le début du spectacle.
 

« Law pieces » de Leroy… ou « sortie de doute »

Avignon   Spectacles
A la manière de Jean-Pierre Thibaudat qui n’aura pas vu Mademoiselle Julie et se sera néanmoins fendu d’un papier critique à l’endroit de Juliette Binoche (qu’il nomme « l’Actrice »)… A la manière de Jean-Pierre Thibaudat que l’on nommera « l’Auteur » nous aurions pu écrire un article évoquant Low pieces de Xavier Leroy sans l’avoir vu, sans même l’avoir entendu… pour la seule raison que le festivalier (que l’on nommera la Rumeur) n’en faisait pas l’article, bien au contraire. Ainsi, à la manière de l’Auteur et de la Rumeur, il était envisageable de ne pas retenir le Low pieces de Xavier Leroy (que l’on pourrait nommer « Et ta sœur »). Mais parce que nous ne sommes pas l’Auteur, ni la Rumeur, nous avons donc été, au Gymnase du Lycée Mistral, voir « Et ta sœur » (je veux dire Low pieces ). Titre postiche, convenons-en, titre ou expression qui, dans le langage populaire, marque un désaccord lequel exprime « qu’il ne faut pas nous la faire ».
 

Sul concetto di volto nel Figlio di Dio

Avignon   Spectacles
Théâtre ? Performance ? Le dernier spectacle de Romeo Castellucci pose à nouveau la question de la dénomination des pratiques du spectacle vivant. Sul concetto di volto nel Figlio di Dio, création présentée cette année en Avignon, est une forme où le drame n’a pas la place centrale qu’on lui attribue habituellement. Une construction pourtant très ordonnée et précise, qui ne laisse pas de place à l’improvisation.
 

Parsifal

Avignon   Spectacles
Le festival d’Avignon propose une projection de l’événement, enregistré au Théâtre royal de La Monnaie de Bruxelles le 20 février 2011, comme un témoignage du travail réalisé cet hiver. Atmosphère studieuse dans le Tinel de la Chartreuse, le gradin est aux trois quarts plein et c’est dans le silence que le public attend sagement en lisant la feuille de salle, comme une révision de dernière minute avant l’examen de l’événement scénique wagnérien. Ecoute attentive de la brève présentation de Romeo Castellucci et Christian Longchamp, directeur adjoint de la Monnaie, à l’origine de la création de ce Parsifal. Par avance, ils nous préviennent que la projection n’offre malheureusement pas la même perception qu’une représentation. On le vérifiera. C’est la première fois que Romeo Castellucci s’essaie à la mise en scène d’opéra. Le metteur en scène italien est connu pour son approche singulière des textes. Plasticien de formation, c’est à travers l’image que Castellucci formule ses pensées : dans les spectacles de la Raffaello Sanzio, il n’y a quasiment pas de paroles sur scène. On se souvient de la Divine Comédie, présentée lors de l’édition 2008 du festival d’Avignon, sans un seul vers de Dante. Comment Romeo Castellucci va-t-il faire face à Parsifal ? Contraint de respecter le dispositif de l’opéra et le livret de Wagner - plus de quatre heures de texte chanté - que va-t-il proposer ?
 

Des Femmes, une tragédie musicale

Avignon   Spectacles
A la carrière Boulbon se joue sans doute l’un des événements de ce Festival d’Avignon, à savoir la dernière création de Wajdi Mouawad. Spectacle somme, Des femmes n’est pas moins que trois tragédies de Sophocle : Les Trachiniennes, Antigone et Electre. Cette création s’inscrit dans un vaste projet du metteur en scène de monter l’intégralité des tragédies de l’auteur grec qui nous sont parvenues. Après la trilogie des Femmes suivront le duo des Héros, puis celui des Mourants, regroupant respectivement Ajax et Œdipe roi, Philoctète et Œdipe à Colone. Des Femmes est marqué par le sceau d’une nouvelle traduction réalisée par le poète Robert Davreu et la musique composée par Bertrand Cantat, grand absent des représentations d’Avignon. Durant une nuit (la traversée dure plus de six heures), Wajdi Mouawad propose une tragédie musicale où se côtoient spectaculaire et démesure, confirmant son goût pour le tragique et une certaine esthétique du kitsch.
 

De la scatologie à l’eschatologie

Avignon   Spectacles
Romeo Castellucci revient à Avignon avec une nouvelle création, après avoir été l’un des artistes associés de l’édition 2008 du festival, qui accueillit trois de ses pièces inspirés par La Divine Comédie de Dante : « Inferno » dans la Cour d’honneur, « Purgatorio » à Châteaublanc et Paradisio à l’Eglise des Célestins. Pour la première représentation française de son dernier spectacle « Sur le concept du visage du fils de dieu », le metteur en scène italien investit l’Opéra-théâtre qui domine la place de l’horloge, un joli théâtre à l’italienne avec ses balcons d’époque et son plafond peint. Le faste du lieu va rapidement contraster avec l’atmosphère du spectacle. Dans l’orchestre ça s’agite fiévreusement avant le début de la représentation, la musique de Scott Gibbons avec lequel s’est associé le metteur en scène, crée une ambiance inquiétante, bruits métalliques dissonants se mêlent aux inquiétudes des spectateurs qui s’échangent à demi-voix des anecdotes, des bruits de couloirs. On entend quelques vagues rumeurs au parfum de scandale énonçant des huées d’intégristes.
 

VIOLET, Transe solitaire

Avignon   Spectacles
Cinq danseurs, un musicien composent l’équipe de VIOLET, dernière création de la chorégraphe américaine, installée en Europe depuis vingt ans. Présentée à la salle de spectacle de Vedène, il s’agit d’un des derniers spectacles de cette 65e édition du Festival d’Avignon. En 2004, Meg Stuart y était déjà présente dans une collaboration avec Benoît Lachambre et Hahn Rowe, Forgeries, Love and Other Matters.
 

Naturisme

Avignon   Spectacles
Cecilia Bengolea et François Chaignaud forment un duo de chorégraphes efficace. Depuis leur rencontre en 2005, il enchaîne des créations des plus insolentes. On rappellera à cet égard "Pâquerette" (2005-2008), une création érogène qui se proposait d’après les dires des chorégraphes de « faire danser tous les orifices et l’anus en particulier », et "Sylphides", présentée en 2009 à Avignon, qui interrogeait la matérialité du corps recouvert d’une enveloppe de latex. Cette année le duo iconoclaste apparaît dans deux créations du festival, d’une part dans (M)IMOSA en association les chorégraphes Marlene Monteiro Freitas et Trajal Harrel, et Danses libres crée en 2010. Ces deux pièces chorégraphiques reviennent sur des moments méconnus de l’Histoire de la danse. "(M)IMOSA" met en lumière le voguing, pratique marginale forgée dans les quartiers de Harlem à New York au début des années 60, tandis que "Danses libres" fait revivre le répertoire chorégraphique d’une personnalité oubliée du début du XXe siècle. Bond dans le temps…
 

Kristin star de cinéma

Avignon   Spectacles
À la marge d’Avignon et de son effervescence intramuros, le 65e festival propose à la scène nationale de Cavaillon : « Kristin, Nach Fräulen Julie » mis en scène et en images par Katie Mitchell, Leo Wagner dans le cadre d’une création de la Schaubühne Berlin en 2010. Ce spectacle présenté pour trois représentations fait écho à la Mademoiselle Julie proposée au Gymnase Aubanel, au chœur de la cité des Papes par Frédéric Fisbach. Deux visions, deux spectacles qui impriment au texte de Strindberg leur lecture. D’un côté une vision assez classique dans un décor contemporain 1 et de l’autre une scénographie classique pour un regard original. En effet, Katie Mitchell a décidé d’exposer Kristin, la cuisinière, la « fiancée » de Jean : « c’est comme ça que nous disons » répond-elle à Julie. C’est le point de vue du personnage en retrait, en coulisses de cette pièce. Personnage qui devient l’héroïne du film mis en scène dont nous sommes spectateurs de sa fabrication à sa réalisation. C’est à travers ce personnage que nous sommes les témoins de cette nuit de la Saint Jean où Julie « la maîtresse de maison » et Jean « le valet » vont sceller leurs destins. Les caméras suivent la discrète Kristin, spectatrice malheureuse et digne de ce drame.
 

« Not » ou le début d’un pas vers la pensée.

Avignon   Spectacles
Dans un grouillement de sons qui est tout d’abord inarticulé et indistinct, mais qui gagne en puissance sonore et s’entend au final comme une parole aux mots presque audibles, commence Sur le Concept du visage du fils de Dieu de Romeo Castellucci. Dans une heure, deux personnes commenceront à se bousculer dans l’Opéra-Théâtre et il faudra les séparer pendant qu’un autre, à l’orchestre, gueulera son dégoût contre cette création (« remboursez ! c’est une honte ») et les applaudissements au salut des comédiens. Petit tumulte, à Avignon, devant celui qui, en régie, regarde et aura prévenu « Voici le début. Je veux rencontrer Jésus dans sa longue absence »…
 

Mademoiselle Julie, un contemporain classique

Avignon   Spectacles
Gymnase Aubanel, Frédéric Fisbach présente sa dernière création, Mademoiselle Julie d’August Strindberg, avec dans les rôles titre Juliette Binoche, Nicolas Bouchaud et Bénédicte Cerutti. Avec la complicité de Laurent P. Berger à la scénographie, Fisbach signe une mise en scène volontairement actualisée et contemporaine de cette tragédie naturaliste, selon les propres mots de l’auteur. Histoire d’une passion amoureuse se déroulant le temps de la nuit de la Saint Jean, la pièce écrite en 1888 se présente comme un champ de bataille entre guerre des sexes et lutte des classes dans lequel des êtres complexes s’affrontent non pas avec des armes mais des mots.