Critiques

Nique sa mère : Critique impossible

Malte Schwind – 18 juillet 2018

Nique sa mère la réinsertion, cie Rascar Capac,
mis en scène par Elie Salleron, avec Guillaume Dubois, Lucas Hénaff, Elie Salleron, Lisa Spurio
Théâtre du Train Bleu, Avignon Off 2018


Nique sa mère la réinsertion se joue au Théâtre du Train Bleu à 22h30 et se veut « le spectacle qui casse tout : la société marchande, la corruption, le patriarcat, la gauche moralisatrice, les bobos, les patrons, le système et l’antisystème. De la dynamite lancée au visage de la société contemporaine, par un succession de sketchs et de morceaux de rap ravageurs. » Il n’en est rien. Critique impossible. NTM. En attendant, ils font le « buzz ».


En faisant une surenchère de politiquement incorrecte, la Compagnie Rascar Capac fait du racisme, du sexisme, de l’homophobie, de la xénophobie, de l’antisémitisme, du cynisme ambiant, etc. etc. leur fond de commerce. C’est sale. Parodiant tout, ils ne cassent rien, mais ne font que creuser le désarroi. Pensant qu’ils lancent de la dynamite au visage de la société contemporaine, ils sous-entendent implicitement que les gens dans la salle sont racistes, homophobes, antisémites, à part qu’ils se disent être d’un autre entre-soi où l’on peut rire de ce que la société ne voudrait pas s’avouer, mais dont cet entre-soi est au final bien loin de s’en soucier. L’un est révoltant, l’autre est dégoûtant. Lâchement ils ne tiennent aucune position et toute critique devient impossible, puisqu’elle peut être absorbée par leur parodie, un nihilisme stérile.

Peut-être un seul moment pouvait nous faire voir une position. C’était un morceau de rap. Un des trois ou quatre (publicité mensongère, ce qui est un pléonasme. Mais publicité donc.) où une colère s’attaque à la mondanité culturelle parisienne. Mais même là, la provocation les amène à tout mélanger. Esthétisme, subventions… ce qui fait en sorte que la Compagnie Rascar Capacdevient un défenseur indirect d’une politique libérale. Macron et Le Pen ne peuvent avoir de meilleurs potes. Détournement de fonds, élite d’une petite classe… ce serait cela, le service public de la culture. Donc, théâtre privé. De toute façon, le CGTiste bat sa femme. Merci.

Se dessine une jeunesse qui se soucie plus de leurs MacBooks que de ne serait-ce que rapper la révolte. « Rien à foutre » de 68. Produisant une forme esthétique qui reproduit à l’identique ce qu’ils prétendent « casser ». C’est amèrement bête. Et c’est simplement paresseux en le justifiant ainsi :

« Nous espérons aussi nous soulager un peu de nos contradictions. Entre le désir d’enfreindre les codes de la société marchande et la lâcheté de ne pas vraiment la combattre, entre l’aspiration à sortir du système et celle d’y rentrer par tous les moyens, c’est toute l’ambiguïté de notre jeunesse, transgressive mais soumise, que nous souhaitons manifester. »

Et dire qu’il y a 20 ans, NTM construisait des morceaux esthétiquement nouveaux et politiquement exigeants pour s’opposer à une domination de l’État et ses appareils. Cela n’a évidemment rien à voir. Il n’en reste chez Nique sa mère… qu’une pseudo-idée mal comprise. Chanter « Nique le CSA » et raconter des blagues pourries sur des noirs, des arabes, des homos, des musulmans, des juifs (et ne venez pas vous excuser en disant qu’on se moque également des chrétiens) sur une scène, un gouffre sépare les deux évidemment. Ici on construit une forme qui reproduit toutes les formes dominantes du divertissement. C’est comme si de la provocation de NTM n’aura été gardé que sa forme, sans contenu politique, ni exigence esthétique. Un vide. Bête. Réac. C’est-à-dire au service de tout ce qui est le plus exécrable dans ce monde.

18 juillet 2018

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Je suis obsédé par l’insensé, je suis obsédé par la multiplicité.
Didier-Georges Gabily

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