Éditos, Yannick Butel

« L’Histoire à laquelle nous appartenons…» (ahaha)

copyright Yannick butel

 

Appel du 4 juillet de l’insensé

I.F.

IN

Admettons qu’on suive à la lettre le début du prêche du Directeur du festival (IN), lequel écrit au commencement de ce qui ressemble à un sermon (domestique), « Si l’on me demandait aujourd’hui » pour finir par « Un art de l’avenir », (nous y reviendrons)… Le « Si » aidant, on pourrait dire qu’on ne lui demandera rien. Pas plus « aujourd’hui », qu’on ne lui demanda « hier » ou qu’on ne lui demanderait « demain ».

On ne lui demandera rien, car le prêcheur ou le camelot qui vante sa programmation nous livre un ensemble d’a priori ou de préjugés intemporels. Genre « idées convenues » et « stéréotypes » à la papa. Passons sur les phrases qui permettent de convoquer ceux-là et venons-en aux mots : « esthétique, éthique, politique, souffle commun, communauté, « le théâtre qui change la société », « nous réunir »… » Bref, le Directeur nous livre une ritournelle de bon samaritain et en apôtre de la « justice », d’un monde sain (« saint » fait entendre l’homophone), d’une parole mieux partagée (on note que le « mieux » tend à une moyenne et pas une radicalité)… se condamne à jouer les petits porte-parole de ce qu’il dénonce : « le capitalisme qui n’en finit pas » écrit-il. Oui, porte-parole et complice car le Directeur n’appelle pas à la radicalité, pas à l’insurrection (mot galvaudé qui nous éloigne d’une théorie du chaos nécessaire), pas à la violence constructive (cf. Benjamin), mais à partager dans des hangars ventilés et des cours sécurisées, la parole nourricière. On peut se satisfaire de la « médiocrité » (entendons par-là, par exemple, d’une attitude moyenne). Il semble plus délicat, en revanche, de la prôner. Finalement le titre s’éclaire « Désarmons les solitudes »… Bonne et louable idée en soi que celle de vouloir en finir avec l’isolement quand il n’est pas consenti. Mais là, c’est autre chose. Il s’agit de l’entendre, le théâtre « désarme ». Et pour avoir lu ce prêche, il est bien dans l’idée de son auteur de ré-éduquer. Du coup, risquons le jeu de mot et le syncrétisme, « c’est saint Paul pot qui vous parle ». Il faut « désarmer ». Et c’est un rien désarmant de faire entendre cela. Oh ! Stop ! Le monde est armé, violent, policier… et le théâtre devrait jouer les Gandi ?

Il nous faut un théâtre d’insurrection disait Benedetto pour combattre le théâtre 07 (celui que défend le samaritain). Il nous faut maintenant (temporalité nietzschéenne s’il en est) le désordre, le chaos. Il nous faut aujourd’hui de la radicalité, des combats à déclencher dès la salle. Il nous faut faire fasse à l’ultra droite et sortir des « bonnes et louables pensées » relayées au plateau et dans les éditos. Il nous faut un théâtre anarchiste, un théâtre d’intervention. Soit une expérience, oui, de la violence au sens où Genet prêtait à celle-ci d’être « irruption de la vie ».

Le texte construit à l’ouverture sur « aujourd’hui », s’achève sur « un art à venir ». Que dire de cette temporalité ? De cette rhétorique marquait par la logique temporelle. Sinon qu’à respecter la chronologie et la succession, on vivra à perpétuité un état du monde allant se dégradant. Cher Directeur, en charge d’un festival comme le vôtre, il faudrait aujourd’hui pour être politique, savoir faire un pas de côté, sortir d’un prêchi prêcha convenu. Il faudrait à la manière d’un Artaud se mettre à gueuler, comme Apollinaire en appeler à une rupture, etc. Le temps de l’éducation par le théâtre a vécu. Le théâtre des voix qui feraient voies ne suffit plus. Il faut un théâtre qui soit une arme. Un peu moins d’o(re)stie si l’on veut bien l’entendre. Un peu plus de déroutant, histoire de faire repartir l’Histoire que tous subissent et qui ne nous convient pas.

 

OFF. On ira voir le travail de Jean-Louis Hourdin Veillons et armons nous en pensée (au 3 raisins). On ira voir Moi Bernard (à la Caserne). Et aussi Vole (à la Bourse du travail)… Et encore Désobeir à la Manufacture… etc. On ne préconise rien comme Télérama. On vous dit juste qu’on ira ici et là, et que vous lirez les critiques de ces spectacles sur l’insensé.

I.F.

Et on ira tous les jours voir ce qui se passe dans le IF en cour. Non seulement parce que c’est gratuit. Mais surtout parce qu’il y aura là un « pas de côté ». Ce pas que Bloch appelle de ses vœux et qui se définit comme le moment où l’Histoire prévisible (et donc la non-histoire) est malmenée par quelque chose qui n’était pas prévu. C’est sans doute là que ça devient politique… du 11 au 13, au 23 rue des trois colombes tous les jours de 11H30 à 22H00, quelque chose s’écrirait de l’Histoire par ceux, non pas qui lui appartiennent, mais, et c’est différent, ceux qui possèdent le pouvoir d’écrire l’Histoire (un petit bout, très modestement). À suivre ici : https://www.facebook.com/events/725361444560571/

4 juillet 2019

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Je suis obsédé par l’insensé, je suis obsédé par la multiplicité.
Didier-Georges Gabily

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