Isabelle, par Jean-Pierre Dupuy, Président de l’insensé
Éditos, Jean Pierre Dupuy

Isabelle, par Jean-Pierre Dupuy, Président de l’insensé

Elle voulait être comédienne.

Elle le fut et des plus grandes.

Isabelle, c’était un appétit de curiosité inépuisable.

C’était une volonté, un désir, une force de caractère hors du commun.

Elle était devenue une comédienne de référence, la collaboratrice des meilleurs.

Elle fut une des toutes premières à s’inscrire au théâtre Ecole d’Alençon dans les années 80 en coïncidence avec l’ouverture du théâtre de la cité. Sa première apparition professionnelle lui permit d’apparaître dans une création d’André Malartre « Hep, hep » des Miguel en 1983.

Elle y jouait une créature de rêve étrange et fascinante. Prémonition du goût qu’elle avait et entretenait pour le merveilleux et l’extraordinaire.

Elle fut donc une collaboratrice précieuse dans la réussite du Festival Lancelot du Lac de Bagnoles de l’Orne avec Jean-Pierre Dupuy, de 1985 à 1989. (photo jointe du grand photographe Patrick Devresse)

Et puis sa rencontre avec René Loyon directeur du Centre Dramatique de Franche-Comté devait s’avérer décisive pour la suite de son œuvre. Il fallait improviser du Feydeau ! Et pour une entreprise aussi improbable qu’exceptionnelle rien n’était mieux indiqué que solliciter Isabelle. Elle répondait présente ! Toujours… Indispensable, lumineuse et généreuse. Isabelle !

Ainsi , elle devint par son art poétique, la complice et bien souvent l’amie de créateurs incontournables du théâtre français : de Tranvouez à Meunier, elle devint une comédienne de référence très appréciée et très recherchée.

La petite bonne femme était devenue une grande dame.

C’est alors qu’elle en vint à s’installer du côté de Montluçon dans l’Allier à Hérisson. Au lieu d’une troupe de théâtre : « les fédérés ». Avec les Wenzel, Hourdin, l’Olivier, Périer et ses bêtes et sa « gnole ». Troupe atypique et résolument engagée où le théâtre devait se confondre avec art de vivre. Isabelle y trouva donc son grain à moudre tant sa vie et son art ne faisait qu’un. Du théâtre comme art de vivre et art de communauté !

Art d’être ensemble.

Et c’est pourquoi, nous nous sentions de sa famille aux bonnes heures de son existence et à sa famille nous pensons en ces moments si difficiles, si douloureux.

Exemplaire fut-elle dans son engagement et ses choix de vie. Et quand la maladie vint troubler le cours des choses, elle en devint admirable de dignité et de courage. Toujours vaillante, toujours souriante. Stimulante, Isabelle incarnait la joie de vivre. La joie de s’offrir une belle vie. Sa vie fut immensément belle.

À l’heure de sa disparition on ne peut oublier cela. Son admirable leçon de vie et d’amour.

Invisible, Isabelle ne peut que rester présente. Inoubliable.

Nous t’aimons.

Tu appartiens à l’air que l’on respire. Nous t’aimons. Nous aimons ta lumière. Le sens que tu donnas à ta vie, donne le sens à la notre. Merci Isabelle. Même cœur et même lutte.

C’est ainsi que tu fus et c’est ainsi que nous sommes.


Jean-Pierre Dupuy (artiste dramatique),
René Paréja (homme de théâtre)
Pascal Kernec (musicien/comédien)
Françoise Chichery (comédienne)

Caen,16 Juillet 2019

 

18 juillet 2019

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Je suis obsédé par l’insensé, je suis obsédé par la multiplicité.
Didier-Georges Gabily

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