Critiques

Paroles d’une pendue

 

D’une absence à l’autre

 

Aujourd’hui, mes camarades m’ont pendue. Pour une absence, pour une parole que je n’ai pas tenue, pour des mots de désaccord que j’ai tus trop souvent. Les dire alors, ces mots. Tant qu’il me reste un filet de voix. Qu’on soit prévenu cependant, il n’y aura pas de mea culpa.

 

L’Insensé est un prétexte.

 

Prétexte à une amitié. Mensongère parfois, mais qu’importe. La fatigue et l’ivresse ont raison des masques, aussi bien cousus soient-ils.

 

Mais je vais trop vite. Se souvenir du pourquoi du comment. La timidité des débuts, l’amusement et la fascination devant tant d’engagement, tant de fougue insensée. La fierté d’en devenir une, d’Insensée (avec un e). Mélange d’enthousiasme et de sentiment d’exception après ce premier Avignon – car l’Insensé m’a offert mon premier Avignon pour un Lupa à (ne pas) abattre. S’en sont suivi un escargot et ce titre de critique dont je n’osais me targuer. Se retrouver alors à parler d’écriture, à répondre oui, j’écris. Ecrire en compagnie de l’Insensé. Un très beau prétexte.

 

Alors pour ce rêve de critique et d’écriture, me taire et opiner du chef en silence lorsqu’on parle de conviction et d’engagement politique. Envisager une utilité publique à l’Insensé et finir par approuver l’idée d’une révolution par l’écriture critique. Passer au tiroir-caisse, public ou non et se croire collective pour la beauté du geste.

 

Et puis écrire ailleurs. Autrement. Avec d’autres prétextes, en d’autres compagnies. Sans pour autant oublier les premières car même pendue, je reste Insensée.

Découvrir sa liberté. L’aimer.

 

L’Insensé est un mot qui se passe d’adjectif. Pas de mutilation qui tienne. Seulement cela, le plaisir découvert de l’écriture. Et cette amitié que je conjugue au singulier, faute d’avoir su ou voulu écouter les rêves des autres.

 

Une amitié qui désormais pourrait se passer de théâtre et d’Avignon.

Aussi traître que cela puisse sembler.

 

 

Sur le siège vide de mon absence, une cigale chante. Que ceux qui sont seuls apprennent à l’écouter.

 

15 juillet 2020

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clarmet


Je suis obsédé par l’insensé, je suis obsédé par la multiplicité.
Didier-Georges Gabily

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