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Citations, Critiques, Yannick Butel

Cycle Straub-Huillet

D’octobre à mars, un cycle de projections autour de l’oeuvre de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, figures à la fois marginales et centrales du cinéma français de la seconde moitié du XXe siècle

Figures majeures du cinéma français des 50 dernières années, les « Straub », comme on les appelle, ont composé une œuvre cinématographique dense et riche, aux aspects multiples, à la fois radicale et exigeante, critique et poétique. À partir d’un matériel le plus souvent littéraire, ils offrent des films où rien ne prévaut sur le reste : les corps, les voix, les cadres, la nature souvent présente, les lumières, les textes ou les sons cohabitent ensemble. C’est d’ailleurs souvent de cela dont traitent les films : comment habiter, ensemble, le monde ? Qu’ils s’appuient sur la peinture de Cézanne, un texte de Kafka ou d’Hölderlin, un opéra de Schonberg ou un roman de l’italien Emilio Vittorini.

Un cycle de 6 projections et une journée d’étude, co-organisé par l’université de Caen Basse-Normandie (laboratoire « LASLAR »), l’école de beaux-arts de Caen-la-mer et le Café des Images à Hérouville St-Clair, rendra hommage à ce cinéma hors du commun. À raison d’une projection par mois d’octobre à mars, et d’une journée d’interventions critiques le mardi 24 février (en présence notamment du réalisateur Pedro Costa et des Cahiers du Cinéma, et en partenariat avec le CNRS), ces rendez-vous sont l’occasion rare de découvrir ou redécouvrir une œuvre cinématographique essentielle.


 

Cycle de projections d’octobre 2008 à mars 2009 au Café des Images

 

Les projections seront suivies d’un débat.


Lundi 20 octobre, 20h

Ces rencontres avec eux (2006)

Italie/France, 1h08, avec Angela Nugara, Vittorio Vigneri, Grazia Orsi, Romano Guelfi, Angela Durantini, Enrico Achilli, Giovanna Daddi, Dario Marconcini, Andrea Bacci, Andrea Balducci.

Les cinq derniers Dialogues avec Leuco (recueil qui en comporte vingt-sept) de Cesare Pavese (1947) ou comment les serviteurs des dieux s’interrogent sur le choix irrésistible qui a poussé ces derniers à rejoindre les hommes sur terre et à découvrir la sève des choses mortelles. Ici-bas s’égalisent les forces entre le peuple et les maîtres grâce à cette parole faîte action dans la nature, dans un temps et un espace changeants et frémissants, où tout est à construire et non à inventer, lieux de vérité sensible sur les ruines d’une éternité désormais déchue. Premier film du cycle et « première rencontre avec eux ».


Lundi 3 novembre, 20h

Cézanne (France, 1989, 51 minutes)

Une visite au Louvre (2003, 48mn + 47mn)

Deux films tirés de Ce qu’il m’a dit, texte publié dans Cézanne (1921) du poète Joachim Gasquet et inspiré des entretiens de celui-ci avec le célèbre. peintre. Dans le premier (Cézanne), Danièle Huillet dit off les propos de l’artiste tandis que Jean-Marie Straub pose les questions de Gasquet. Un très beau manifeste pédagogique et poétique qui en dit autant sur le travail des Straub que sur celui de Paul Cézanne. Dans le second (Une visite au Louvre), c’est la parole rapportée de Cézanne qui « visite » et commente quelques-uns des plus grands tableaux du musée. Matérialité du texte qui se niche dans celle des oeuvres jusqu’à en révéler une archéologie de la peinture moderne. Deux films précieux pour aussi comprendre l’éthique rigoureuse du cinéma des Straub dans la connaissance sensible de l’art.


Lundi 15 décembre, 20h

La Mort d’Empédocle (1986)

France/Allemagne, 2h12, avec Andreas Von Rauch, Vladimir Baratta, Martina Baratta, Ute Cremer, Howard Vernon, William Berger. D’après la tragédie de Friedrich Holderlin.

L’affrontement entre Empédocle, le maître divin, et les hauts membres de la Cité d’Agrigente en Sicile qui le bannissent à cause de son statut suprême, en totale opposition avec les intérêts des citoyens et surtout en concurrence avec le pouvoir politique et religieux. Au coeur de la nature, face à la beauté du monde et flanqué de son fidèle disciple, Empédocle cherche à entrer en accord à la fois rayonnant et fatal avec elle, sans soumission à son ordre ni illusion sur cette soudaine vulnérabilité qui trace majestueusement la voie de sa propre disparition. Toute la grandeur lyrique du cinéma des Straub dans ce film aussi limpide que tranchant, où le soleil ne brille pas pour tout le monde des mêmes feux orgueilleux.


Lundi 12 janvier, 20h

Othon, les yeux ne veulent pas en tout temps se fermer ou peut-être qu’un jour Rome se permettra de choisir à son tour (1969)

D’après Othon, de Pierre Corneille.

« Soyez pas cons, allez voir Othon »… le mot de Marguerite Duras est resté célèbre. La pièce de Corneille est jouée en costume sur le Palatin à Rome, au milieu du vacarme de la ville contemporaine. Un film radical, d’une densité extrême, bouleversant le rapport du texte à l’image, durant lequel on redécouvre la violence et la vigueur du verbe cornélien.


Mardi 24 février

Journée d’étude sur le cinéma de Danièle Huillet et Jean- Marie Straub

à la MRSH de l’Université de Caen (le matin), à l’Auditorium du Musée des Beaux-Arts de Caen (l’après-midi, en présence de Pedro Costa, à l’occasion de la projection de Où gît votre sourire enfoui ? (2001), documentaire qu’il a réalisé sur le travail des Straub lors du montage de Sicilia !).

Si l’œuvre cinématographique de Jean-Marie Straub et Danielle Huillet met en scène des textes littéraires, la plupart antérieurs au milieu du XXe siècle, leur réécriture cinématographique ne relève pas de la simple transcription imagée des scènes écrites, ni d’une interprétation faisant ressortir une lecture singulière du texte. Le texte ne devient pas scénario, au contraire ces matériaux littéraires hétérogènes se fondent dans le projet cinématographique, qu’ils soient pièces de théâtre, romans, correspondances, livrets d’opéra, la plupart du temps retraduits, parfois lus dans leur intégralité, parfois largement retravaillés. Dans le rapport du Texte à l’Image, l’un n’est pas du service de l’autre, mais au contraire le film devient l’espace de la rencontre entre l’un et l’autre — c’est à dire aussi bien de la résistance de l’un à l’autre. Cette journée d’étude se propose d’étudier ces passages du/des texte/s au film, cette forme singulière de réécriture d’un texte par un film, relevant tout autant de l’adaptation, de la mise en scène, de la confrontation et de la traduction de la matière littéraire en matière filmique, de dialogues en paroles, de situations en corps, cadres, paysages, voix et lumières. De la réécriture envisagée comme une mise à l’épreuve.

David Vasse et Eric Vautrin


Le soir au Café des Images :

18h – Sicilia ! (1998)

Italie, 1h06, avec Gianni Buscarino, Vittorio Vigneri, Angela Nugara, Carmelo Maddio. Constellations et dialogues du roman Conversations en Sicile d’Elio Vittorini (1938-39). Après un long séjour en Amérique, Silvestro revient chez lui en Sicile et découvre que tout fait l’objet de négociations particulières et d’un nouveau type d’échanges, au double sens du dialogue et de l’économie. Commerce, souvenirs, valeurs familiales et valeurs marchandes, bilans et contradictions à l’aube d’une nouvelle réalité artistique et politique. Un des films les plus « rythmés » et découpés des Straub. Un des plus drôles aussi.

20h – En rachâchant (1982)

France, 7 minutes, avec Olivier Straub, Nadette Thinus, Bernard Thinus, Raymond Gérard. D’après Ah ! Ernesto de Marguerite Duras. Un petit garçon ne veut pas aller à l’école car, dit-il, « on n’y apprend que ce que l’on ne sait pas ». Confrontation très drôle entre lui, ses parents et son maître dans une salle de classe.

suivi de :

Le Retour du fils prodigue / Humiliés

2002. Italie/France/Allemagne, 1h04 + 35 minutes, avec Enrico Achilli, Andrea Balducci, Dolando Bernardini, Giampaolo Cassarino, Federico Ciaramella, Rosalba Curatola, Giacinto Di Pascoli.

D’après Les Femmes de Messine d’Elio Vittorini (1946- 64). Dans l’Italie libérée, des rescapés de la guerre qui ont tout perdu, décident de s’établir dans un village en ruines, entre Modène et Bologne. Ils comptent bien restaurer ces décombres et refaire leur vie, imitant les femmes de Messine qui, raconte Vittorini, ont reconstruit leur ville détruite par un tremblement de terre. Leur histoire est comparable à l’épopée de l’homme des origines parcourant la longue route qui mène de la nature à l’histoire. Suite et fin du travail de transposition des Femmes de Messine inaugurée deux ans auparavant avec Ouvriers, paysans. Tout l’art des Straub d’offrir en pleine nature un lieu de reconquête d’espoir et de dignité à ceux dont la parole a trop longtemps souffert de ne plus être entendue. Projections suivies d’un débat, en présence de Pedro Costa et Cyril Neyrat (Les Cahiers du Cinéma).


Jeudi 5 mars, 20h

Le Genou d’Artémide (2008)

Itinéraire de Jean Bricard (2008)

avant-première dans le cadre du festival «la poésie/nuit»

Italie/France. 26 + 40mn. Avec Dario Marconcini, Andrea Bacci. D’après La Bête sauvage, sixième conversation des Dialogues avec Leuco de Cesare Pavese (1947), deux ans après Ces rencontres avec eux. Un homme évoque à un autre sa rencontre avec la déesse Artemis et comment à son écoute il s’est rendu humblement à l’évidence de sa solitude, à la mesure de ce qui naît et meurt au-delà de lui et par de vers lui. Un film troublant car à demi orphelin, réalisé pour la première fois par Jean-Marie Straub sans Danièle Huillet, décédée en 2006. Itinéraire de Jean Bricard, d’après Itinéraire de Jean Bricard et Jean-Yves Petiteau., est le dernier film réalisé ensemble par Danièle Huillet et Jean-Marie Straub. Une séquence unique (un bateau tourne inlassablement autour d’une île) pour évoquer des souvenirs d’enfance ternis par la guerre.


À CONSULTER

— Université de Caen : Arts du spectacle

— Le Café des Images

26 octobre 2008

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Je suis obsédé par l’insensé, je suis obsédé par la multiplicité.
Didier-Georges Gabily

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