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De la résignation – L'!NSENSÉ
Bienvenue sur la nouvelle scène de l'!NSENSÉ
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De la résignation

La Distance de Tiago Rodrigues continue sa tournée et bénéficie d’un accueil enthousiaste, dû sans doute à la stature de son metteur en scène, à moins que ce ne soit par goût du public pour les jolies histoires inoffensives.

L’intrigue est simple : il y a un père et sa fille. Elle part sans rien dire sur la planète Mars pour devenir une « oubliante » et y fonder une nouvelle humanité, « égalitaire » et « juste ». Pour cela, on lui administre un cocktail qui lui fera oublier tout, sauf le savoir utile à la survie sur Mars, une pure rationalité instrumentale, si l’on veut. Il leur reste un peu plus de 300 jours pour échanger des messages vocaux avant qu’elle ait tout oublié, son père inclus. Lui tente de la convaincre de revenir sur Terre.

Ces échanges de messages ont lieu dans une scénographie marquée par un grand plateau tournant, rappelant la rotation des planètes, la montre qui tourne, le temps qui court. Iels sont de part et d’autre de deux troncs d’arbres morts, enlacés l’un dans l’autre, et d’un rocher, évocation d’un paysage dévasté, désert martien ou Terre détruite.

Les arguments du père pour convaincre sa fille de revenir sur Terre semblent bien faibles, bien attendus, impuissants par leur évidence même ; ils cherchent à manipuler comme on manipulerait un enfant, en lui donnant envie de tomates qui n’existent pas sur Mars ou en recourant au chantage affectif à travers une musique liée à la mère morte, par exemple. Face au projet fasciste, car c’est bien ainsi qu’il faut le nommer (nouvelle humanité sur Mars, eugénisme, lavage du cerveau et destruction de la mémoire pour effacer toute historicité, corps devenant la propriété d’une « corpo-nation », qui, par ailleurs, déstabilise et attaque les « républiques » qui tentent de survivre sur Terre, volonté d’instaurer une égalité sans différences, obtenue par l’effacement des singularités etc.), face à ce fascisme, les arguments du père semblent bien pauvres, peut-être impuissants, comme l’est toute argumentation face à une pensée complotiste de nos jours. Dans son dernier message, quand la fille a déjà tout oublié, il lui dit, sans qu’aucune ironie ne soit perceptible : « Je suis toujours de ton côté, je suis fier de toi, de ton choix, de ton courage. » Ce dernier message, où l’amour filial passe par-dessus le désaccord politique, vainc la résistance et légitime, par son acceptation, le choix du fascisme comme un choix parmi d’autres.

Le problème, c’est que nous savons dès le départ que la fille ne reviendra pas. Nous n’en avons aucun doute. Ainsi, nous assistons, impuissants, à l’impuissance. Il n’y a même pas de tragédie ; il y a une histoire sentimentale. Le théâtre devient un divertissement mièvre, si ce n’est simplement ennuyeux, car tout est joué d’avance. La parole devient image. Le carrousel tourne de plus en plus vite : symbole fort… joli.

Ce qui nous reste en sortant : de la résignation.