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La Gonzo Conférence – L'!NSENSÉ
Bienvenue sur la nouvelle scène de l'!NSENSÉ
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La Gonzo Conférence

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Nourrie à la « rock critic » revendicative des années 70 et aux concerts de musiques amplifiées, Fanny de Chaillé, qui fut, aux heures perdues de l’adolescence, également musicienne dans un groupe de rock, a finalement choisi le théâtre, la danse et la performance pour s’exprimer sur un plateau. Celle qui est aujourd’hui artiste associée au Théâtre de la Cité internationale à Paris créait, en 2007, le spectacle « Gonzo Conférence » pour le Festival We Want Rock’n Roll. Sur le chemin d’une tournée généreuse, le spectacle s’arrêtait ce 17 juillet à Avignon, au gymanase du lycée Saint Joseph (Vingt-cinquième heure). Dans cette conférence-performative à deux voix d’une durée de 40 minutes, Fanny de Chaillé traverse les codes musicaux et théâtraux pour un hymne au rock distancié, un peu convenu.
Titre antinomique
Pratique irrévérencieuse, le journalisme Gonzo rejette le métadiscours sur l’œuvre, c’est-à-dire la critique argumentée et surplombant l’objet, au profit d’une critique subjective, totale, entière et radicale. Non seulement le rédacteur Gonzo se mouille jusqu’au cou dans son papier mais peut aller plus loin en intégrant par exemple la réalité du sujet qu’il traite. Son dada, ce sont les anecdotes graveleuses, les excès « sex and drugs », bref, tous les éléments qui neutraliseront le consensus mou. Plus familière, la forme de la conférence est quant à elle organisée, hiérarchisée, produite en vue d’une démonstration. C’est à l’endroit de cette tension entre les deux genres que travaille la proposition performative de Fanny de Chaillé au sein du texte et de l’espace.
Dans une langue travaillée mais limpide, presque adolescente comme elle le dit, elle déclare son amour du rock tout en expliquant pourquoi elle lui a préféré le théâtre et reprend, point par point, les codes de l’un et de l’autre pour progresser vers la thèse qu’elle défend. Dans l’espace, c’est un face à face qui s’engage entre elle, au pupitre, détentrice de la parole, et Christine Bombal « on stage », exploratrice du corps. Le public est convoqué à la manière d’un concert et bousculé dans ses repères habituels. Attente jusqu’à plus de 21h pour rentrer dans la salle (pas la peine d’arriver en avance !). Quant à la mention « placement libre » sur le billet, elle a bon dos puisque la performance se déroule debout. Dans la salle, la musique est en fond sonore. Secrètement, on pense à aller se chercher une bière…
C’est du théâtre
…Christine Bombal arrive nue par l’avant-scène, grimpe sur le plateau d’un mètre vingt de haut et va enfiler la culotte, les bottes de cuir et le tee-shirt qui l’attendent. Le public, les yeux rivés sur elle, observe son corps, ses gestes, ses regards. Elle semble se préparer, comme avant d’entrer en scène. Respiration amplifiée. Ça y est, elle y va. S’avance, explique qu’elle va faire une conférence. Non. Ce n’est pas elle qui parle. Elle articule sur une voix off. C’est du play-bak. C’est du théâtre. En fait ça parle dans les enceintes. Progressivement le corps de Christine prend son indépendance par rapport à la voix. Déluge d’une gestuelle rock. Corps plié, mouvements saccadés, marche déterminée, tête haute, regard défiant le public. Et la voix dit cette chose : qu’elle a pleuré à la mort du chanteur… jamais pour un acteur mais pour ce chanteur oui… Et Niravana démarre dans la salle. « Smell like teen Spirit » interprété en play-back par la comédienne. C’est du théâtre. La voix poursuit sont exposé : nous dit que le concert rock ne repose pas sur une narration, que le concert rock c’est l’instinct, la pulsion de vie, le sexe, qu’au concert rock le public peut chanter les paroles, qu’il sait à quoi il va s’attendre ce qui est plus simple, qu’au concert rock le public est debout dans la même posture verticale que les rockeurs, qu’au concert rock les gens forment une communauté… Pendant ces mots, la comédienne exhibe son corps rockeur et engage un « stage diving » : allongée au bord du plateau, elle s’offre aux spectateurs qui la portent de bras en bras. Arrive le deuxième morceau : un tube de Franz Ferdinand. Le code convoqué ici est celui du mime. Christine Bombal imite le guitariste – réglage de l’ampli, toucher de l’instrument, saccade du poignet droit. C’est du théâtre. Ce n’est qu’en entendant les bafouilles de la lecture que la partie du public amassée devant la scène comprendra que la voix provient de la salle, derrière lui. Fanny de Chaillé est au pupitre avec ses feuilles… C’est du théâtre ! On s’est fait happer par le jeu, l’image.
Militant pour la survie du rockeur, Fanny de Chaillé tente de faire tomber le mythe d’authenticité qui auréole celui-ci. Au concert rock, contrairement au théâtre, le public vient chercher la star-attitude, la pulsion, le corps débordant, l’énergie destructrice demandant surtout à ce que ça soit du vrai. Si Fanny de Chaillé a choisi le théâtre, c’est pour la distance qu’il permet. « Les rockeurs meurent par excès de leur présence au monde. Cela nous rassure parce qu’alors, ils ont les mêmes limites que nous. Arrêtons de faire mourir les rockeurs. Laissons-les devenir des acteurs. » se prenait-elle à dire à la conférence de presse un peu plus tôt dans la jounée, anticipant sur sa Gonzo Conférence. Pour transmettre son amour du rock et mettre en regard les pratiques du rock et de du théâtre, Fanny de Chaillé utilise la distance qu’elle revendique. On regrette malgré tout que le propos ne soit pas plus acéré.