L’insensé Scènes Contemporaines

Site de critiques sur les arts de la scène

Critiques

Bruno Meyssat, l’arpenteur des solitudes

Juste le temps, dramaticules de Beckett mis en scène par Bruno Meyssat, MC2 Grenoble, 15-25 novembre 2017

Réplique : un silence bruyant

Réplique d’Evelise Mendes, à la Criée Théâtre National de Marseille, le 6 novembre 2016 (dans le cadre du colloque La critique, un art de la rencontre)

Langhoff ne démissionne pas

La Mission de Heiner Müller, mise en scène Mathias Langhoff au Théâtre des Célestins (Lyon), Festival Sens Interdits, 28-29 octobre 2017

Lame de fond : East Shadow de Jiří Kylián

East Shadow de Jiří Kylián aux Subsistances (Lyon), 27-29 septembre 2017

Le cri de Castorf, l’écho de Zé Celso Corrêa

Die Kabale…, mise en scène de Frank Castorf. Parc des Expositions, Festival d’Avignon 2017.

Armand Gatti | ceci n’est pas un hommage

Entretien avec Armand Gatti, disparu le 6 avril 2017

Interview avec Aurélie Édeline, comédienne de Tout Entière.

Interview avec Aurélie Édeline comédienne de Tout Entière, écrit et mis en scène par Guillaume Poix

Tout Entière, de l’ombre à la flamboyance

Tout entière, de Guillaume Poix, Festival Avignon Off 2017








Édito | Juillet 2017


Dans la chaleur d’Avignon 2017 et les ténèbres du moment


Avignon toujours recommencé. Et avec le festival, les hurlements des cigales et le piétinement des festivaliers (ou inversement), cette cérémonie du spectacle qui rivalise avec la célébration du commun. Au milieu, où trouver des espaces de conflit (de pensée) ?

Marchant dans une même ville, d’un même pas, dans une même direction, nous sommes d’un même espace et d’un même temps : faudrait-il que fatalement nous partagions également de la vie ses résignations et de l’art ses réponses ? Serions-nous, irrémédiablement, contemporains d’une même époque, d’un même monde ? Si c’est pour partager — ce geste si violent qui met en pièces, sépare, tranche dans le vif des choses – que nous sommes là, alors que le partage soit cette rupture au sein du temps, et cette violence opérée dans l’ordre du réel.

Contemporain, le mot français ne dit rien : en allemand, il paraît qu’il se prononce Zeitgenössisch : « camarade du temps. » Puissions-nous être au nom de ce nom, insensément camarades de ce temps (sa brûlure, sa laideur, ses outrages commises au temps) : ce serait le programme de l’Insensé pour les jours à venir, ceux qui vont passer sur nous comme autant de liens à trancher.

Au milieu des spectacles, chercher la brûlure, non pour la trace qu’elle laisserait, mais pour le mouvement de retrait qu’immédiatement elle suscite, et qui nous rend soudain à notre corps, à notre puissance. Exigeant tout, il est possible que nous sortions des spectacles plus dépouillés encore : mais c’est pourquoi nous allons voir, et exiger davantage du théâtre, s’il en est encore.

Cette phrase d’Agamben, enfin, pour ne pas finir :

« le contemporain est celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps […] C’est comme si cette invisible lumière qu’est l’obscurité du présent projetait son ombre sur le passé tandis que celui-ci, frappé par ce faisceau d’ombre, acquérait la capacité de répondre aux ténèbres du moment ».